C’est en 2000 à New York, découvrant un paquet de feuilles bristol un peu passées, jaunies sur les bords (il faut toujours qu’il y ait une tache pour que ça m’inspire), que l’idée me vient soudain de narrer mes désopilantes aventures dans la Bigapole, sous forme de bande dessinée.
La redécouverte du médium, après plus de dix ans de vacance, est un plaisir, et comme toujours, il n’est pas question dans mon esprit d’une quelconque ambition de publication (ce qui ne laisse pas de paraître contradictoire), mais seulement d’atteindre, peut-être, une épiphanie créative, en dépeignant l’univers haut en couleurs dans lequel je vivais. Au bout de 12 pages très plaisantes, dans lesquelles je racontais, au fil du pinceau, certaines aventures qui m’étaient arrivées, m’arrêtant sur des détails pittoresques de la vie du quartier (le Williamsburg de cette époque était juste en train de virer pipole, la Grande Epoque finissait en ahanant), je ne sais pas pourquoi, je me suis senti frustré, malgré l’évidente adéquation du médium de la bande dessinée avec le projet, et j’ai laissé tombé.
C’est en revenant en France, 3 ans plus tard, à un moment où graviter autour du Big Pognon des Grands Artistes tels que Bob Wilson et autres m’avait un peu claqué la gueule, me faisant comprendre que j’étais un tout petit poisson, à un moment où la Galère de La Vie de Petit Poisson m’avait fait me dire que la peinture, ’fallait peut-être remiser ça pour le moment, et penser à gagner du fric pour nourrir mon tout jeune fils, à un moment où cette urgence de Sérieux me faisait, naturellement, opter pour une profession stable, celle de dessinateur de bande dessinée (ça roule sur l’or, un D de BD, tout le monde le sait), j’ai repris le projet, sous un angle un peu plus cinématographique, en mettant en scène mon souvenir, ce qui donne lieu aux pages dont vous pouvez découvrir quelques extraits ici.
Inutile de dire que ce projet n’a jamais vu le jour sous forme d’édition...